Nous sommes en 2040. Les champs d'éoliennes, harmonieusement répartis sur le territoire breton, fournissent l'électricité suffisante à nos besoins. Elles sont quasiment silencieuses et nous nous sommes accoutumés à la présence de ces grands moulins. Il n'est plus nécessaire de faire venir des autres régions de France, les 95% d'énergie dont nous avions besoin en 2004. Il faut dire que tous nos équipements ménagers et luminaires sont à basse consommation et nécessitent cinq fois d'énergie. Quasiment tous les lisiers, graisses, déchets verts et organiques sont méthanisés ; le procédé produit du biogaz, réutilisé par l'industrie.
Bon nombre d'habitants ont choisi le bois pour chauffer leur habitation ; à peine neuf stères suffisent par an pour chacune des maisons. La matière première, provenant des sous-produits forestiers est transformée en plaquettes qui sont automatiquement distribuées dans la chaudière. Une douce chaleur, enveloppante, règne dans la pièce. D'autres ont opté pour l'énergie solaire ; des panneaux à cellules photovoltaïques, installés sur les toits, la transforment en électricité ; à côté, des chauffe-eaux solaires suffisent à produire l'eau chaude et le chauffage par le sol de toute la maisonnée. A peine cinq mètres carrés suffisent à produire deux cents litres d'eau chaude (il y a maintenant plus de trente ans que la Suède est toute équipée. Dire que nous pensions qu'il n'y avait pas suffisamment de soleil dans notre péninsule !) D'autres encore, ont opté pour la géothermie qui permet, à partir des calories récupérées en profondeur, de chauffer la maison.
Certains de nos véhicules sont électriques, d'autres fonctionnent à l'hydrogène. Tous nos déchets papier sont transformés en cellulose ; notre verre est en permanence valorisé et il ne viendrait à l'idée de personne de jeter par la fenêtre le moindre détritus. L'agriculture s'est maintenue, rationnelle, raisonnée ; faisant la part belle à la culture biologique, elle ne produit plus d'excédents. Services de l'Etat, collectivités territoriales, associations et citoyens ont travaillé de concert pour que l'eau de nos rivières retrouve sa limpidité tout en maintenant un potentiel agricole et agro-alimentaire. Pour le plus grand bonheur des truites et autres salmonidés qui viennent désormais frayer sans risque d'asphyxie.
Toutes les entreprises bretonnes ont adopté la charte « Développement durable » et se sont même engagées dans un mécénat de la solidarité. Enfin, elles ont placé l'homme et la femme au c½ur du système de production, afin de leur assurer, sans exclusion ni discrimination, épanouissement, promotion, valorisation de leurs acquis et qualité de vie. Beaucoup d'entre elles se sont engagées à promouvoir un commerce mondial équitable, à confectionner un produit avec une démarche qualité qui intègre enfin, le respect de la terre et de l'individu. Elles sont encore toutes surprises de voir leur chiffre d'affaires se développer. Car il faut dire que le consommateur, lui aussi, a grandi ; il exige désormais de l'éthique sur l'étiquette.
Tous, nous avons appris à modérer nos besoins et nous savons désormais, que notre devoir est de laisser belle la planète aux générations futures, dans une perspective de développement durable. Nous ne sommes ici, que locataires...
Tugdual Ruellan
(Supplément paru dans L'Express - Bretagne, semaine du développement durable)
