Depuis la rentrée, à titre expérimental, l'équipe des enseignants de 6e a abandonné le système d'évaluation par notes. Place aux fiches de compétences...
Jocelyne Busson, professeure de français, Françoise Héno, professeure d'histoire et de géographie et Isabelle Badaire, professeure de mathématiques, constatent à chaque rentrée scolaire la grande difficulté de lecture et de concentration auxquels sont confrontés les enfants arrivant en 6e. "L'évaluation à partir de courbes de notes ne nous convenait plus, expliquent-elles. La note ne dit rien sur la compétence acquise ou non acquise. Elle est stigmatisante et peut totalement démobiliser un élève."
Repérer les compétences
En accord avec Michel Bourhy, principal, avec l'aval des inspecteurs favorables aux expérimentations pédagogiques, et le soutien de Joël Lesueur, conseiller du recteur pour la pédagogie, tous imaginent un dispositif d'évaluation sans notes, uniquement fondé sur l'acquisition de compétences pour tenter "de réconcilier les élèves avec le système scolaire". Elles conçoivent alors des fiches de compétences, déclinant l'ensemble des exercices qu'il est envisageable de réaliser au cours de l'année. "Par exemple, en français, poursuit Jocelyne Busson, j'ai déterminé trois pôles : dire, écrire et lire. En s'appuyant sur le socle commun de connaissances, défini l'an passé, j'ai repéré l'ensemble des compétences qu'un élève de sixième doit avoir acquis pour passer en cinquième et les ai inscrites dans un livret." D'autres enseignants volontaires2 adhèrent au projet et construisent également leurs grilles de compétences.
Évaluer par code de couleur
A la rentrée 2006, le projet est présenté aux parents qui, majoritairement, approuvent l'initiative des enseignants. Il est aussi expliqué aux enfants lors des journées d'intégration, au cours desquelles est aussi proposé un travail sur l'estime de soi. Chaque compétence est évaluée grâce à un code de couleurs : vert pour la compétence acquise ; rouge pour celle non acquise et donc, à acquérir. "Nous avons supprimé la couleur intermédiaire afin de nous obliger à nous déterminer. La lecture du livret permet de visualiser très rapidement les difficultés et les points sur lesquels il faut faire des efforts. Autant de repères qui balisent la progression de l'élève et permettent des remédiations en cours, en aide au travail personnel et lors des séances proposées pour les programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE)."
Élèves et parents ravis
Les compétences s'établissent tant au niveau des acquisitions de connaissances que des savoir-faire et des savoir être. Les enfants apprécient l'initiative : "quand on présente des notes aux parents, ils voient ce que l'on n'est pas capable de faire. Quand on présente des compétences, ils voient ce que l'on sait faire." Même si certains parents interprètent parfois la compétence non acquise comme un 0 et donc une punition : "Il faut régulièrement leur expliquer que nous avons élaboré un nouveau système et qu'il ne faut plus chercher à comparer."
Des effets positifs
"Cette méthode oblige l'enseignant à se remettre sans cesse en question car il doit inventer d'autres manières de faire pour transmettre. Chaque exercice fait référence à une compétence à acquérir. Le livret devient une occasion pour échanger de manière plus approfondie avec l'enfant et ses parents. Il y a beaucoup moins de compétition entre les élèves et ceux qui sont en difficulté trouvent des occasions d'être valorisés. Aujourd'hui, ce sont les enfants qui réclament une évaluation pour savoir où ils en sont."
Tugdual Ruellan
in Bloc Notes, magazine du Rectorat (Académie de Rennes)
sur http://www.ac-rennes.fr/publica/BN58/Pages/BNvieeleve.htm#eleves